Les forêts franciliennes
Partager
🌳 Des forêts vitales, au cœur de la région la plus urbanisée de France
Introduction
L'Île-de-France est la région la plus peuplée et la plus urbanisée de France. Ici, chaque hectare de forêt compte. Enserrées par l’urbanisation, morcelées par les infrastructures, les forêts franciliennes accueillent pourtant plus de 100 millions de visites par an. Elles sont l’un des derniers remparts naturels face à la bétonisation, la pollution et le dérèglement climatique.
Avec 288 000 hectares de forêts, dont 67 % sont privées (195 115 ha) et seulement 33 % publiques, l’Île-de-France affiche un taux de boisement de 24 %, bien inférieur à la moyenne nationale. Elle est la cinquième région la moins boisée de l’Hexagone. Et pourtant, ses forêts doivent répondre aux besoins de 19 % de la population française, tout en ne représentant que 1,7 % de la surface forestière nationale.
Majoritairement composées de feuillus, dominées par le chêne (90 % IFN, 2021), les forêts franciliennes sont les vestiges de forêts bien plus étendues, réduites au fil des siècles par l’expansion urbaine, industrielle et routière. Aujourd’hui, elles sont reléguées en périphérie, grignotées à leurs lisières, fragmentées, affaiblies.
[Cairn : La gestion des forêts de vénerie au XVIIe s]
Bien plus que des lieux de promenade, elles sont indispensables à la santé, au micro-climat et à la biodiversité. Elles constituent un espace de respiration vital aux habitants dans un environnement très artificialisé, et à un besoin social croissant de nature.
Des forêts de plus en plus fragilisées
Aujourd'hui, les forêts franciliennes subissent une accumulation de pressions sans précédent :
- urbanisation et artificialisation continues,
- fragmentation,
- intensification des coupes,
- fréquentation élevée,
- dégradation des lisières (50 % sont en contact direct avec des zones bâties),
- dépôts sauvages et pollutions.
[Source : Alexandra Monot : les forêts urbaines franciliennes, des marges ?]
À cela s’ajoute un changement climatique préoccupant. Depuis 1900, la température moyenne a augmenté de 1,7 °C en France, avec une accélération brutale depuis les années 1980. Sécheresses à répétition, canicules, maladies, ravageurs, dépérissement massif des arbres : les forêts souffrent. [Sources : CITEPA 2022 et IGN 2022].
Les risques d’incendies, longtemps considérés comme marginaux en Île-de-France, deviennent une réalité. En 2022, des fermetures de routes forestières ont été nécessaires pour prévenir les départs de feu.
Une gestion sous contrainte économique
La gestion des forêts publiques repose encore largement sur un équilibre financier fragile, assuré principalement par la vente de bois. Or, la production forestière francilienne est structurellement faible, tandis que les enjeux sociaux et écologiques sont considérables, notamment en zones urbaines et périurbaines.
Cette logique économique pousse à la mécanisation lourde, avec des impacts négatifs et des dommages graves sur les milieux : tassement des sols, fractionnements par les cloisonnements, dégradation des paysages, affaiblissement des capacités de résilience des écosystèmes...
Protéger les forêts, c’est aussi préserver les arbres âgés, les sols vivants, les micro-habitats. Ce sont eux qui stockent le carbone, retiennent l’eau, abritent la biodiversité et permettent aux forêts de s’adapter aux chocs climatiques. Plus une forêt est riche, diversifiée et en bon état écologique, plus elle sera résiliente.
Des protections largement insuffisantes
Certes, des outils juridiques existent : Parcs naturels régionaux, Natura 2000, classement en "forêt de protection", ou en Réserve biologique. Mais dans les faits, ces statuts restent insuffisants.
Le classement en "forêt de protection", décrété par le Conseil d’État, s’applique aux massifs présentant de forts enjeux environnementaux ou sociaux. Il interdit toute action de défrichement ou de changement d’affectation du sol, et prévaut sur les documents d’urbanisme locaux (PLU). La forêt est soumise au régime forestier : la sylviculture y reste autorisée. Les Espaces Boisés Classés (EBC) interdisent le défrichement et le changement d’usage des sols. Mais là encore, l’exploitation du bois n’est pas exclue, y compris dans des zones écologiquement sensibles.
Même dans les forêts dites « protégées », les coupes, la chasse ou d’autres usages restent autorisés. Les îlots de sénescence (zones laissées en libre évolution), lorsqu’ils existent, sont trop rares. Ils ne dépassent généralement pas 5 hectares, réduisant leur portée écologique, pour jouer leur rôle écologique.
Les Réserves biologiques intégrales (RBI), relevant de la catégorie 1a des aires protégées de l’UICN, seules à garantir une protection forte et la libre évolution des écosystèmes, restent l’exception. Créées par arrêté ministériel, elles sont exemptes de toute activité sylvicole et généralement fermées au public. Véritables laboratoires et conservatoires vivants, elles permettent d’observer la dynamique des écosystèmes forestiers en libre évolution. Leur création relève de l’initiative de l’ONF, après avis du Ministère de l’Agriculture et du Ministère de l’Écologie.
Consulter la carte des réserves biologiques en métropole de l'INPN.
En 2023, à peine 4 400 hectares de forêts publiques en Île-de-France bénéficiaient du statut de réserve biologique, soit 4,7% des 92 885 hectares concernés. 1 330 ha seulement relèvent seulement du statut de Réserve Biologique Intégrale, soit 1,43 % des forêts publiques franciliennes, très loin de l’objectif européen de 10 % de protection forte.
Des écosystèmes menacés
Depuis 1970, la France a perdu près de 70% de sa faune sauvage. En Île-de-France, l’effondrement de la biodiversité est aggravé par une urbanisation extrême : plus de 90 % de la Métropole du Grand Paris est artificialisée, limitant drastiquement les surfaces naturelles continues nécessaires au bon fonctionnement des écosystèmes.
La science est pourtant claire : continuités écologiques, trames vertes, bleues, brunes et noires sont indispensables à la survie du vivant.
Renaturer, reconnecter, désartificialiser : ce ne sont plus des options, mais des urgences absolues, pour enrayer l’érosion continue de la nature en ville et dans ses périphéries.
Protéger les forêts, c’est faire un choix de société
Les forêts d’Île-de-France sont un patrimoine commun, un héritage vivant et un rempart face aux crises climatiques, sanitaires et sociales. Leur protection réelle exige un changement profond de cap :
- renforcer la protection,
- sanctuariser des espaces en libre évolution,
- sortir d’une logique purement économique (forêts publiques),
- reconnaître pleinement leur rôle écologique,sanitaire et environnementale (aménités positives),
- associer les citoyens à la gestion des forêts publiques (patrimoine commun).
Découvrez notre Plaidoyer pour les forêts publiques d’Île-de-France
Soutenu par des dizaines de milliers de citoyens, des scientifiques et des parlementaires.
Parce que sans forêts vivantes, il n’y a pas de territoire vivable.
Pour en savoir +
- Les forêts périurbaines franciliennes, des marges ? Alexandra Monot (2017)
- MÉMOIRE RODICQ Alice "Les forêts à forte naturalité en milieu périurbain : localisation et enjeux en Île-de-France" '2015)
- CAIRN INFO : les effets de la forêt sur la santé physique et mentale - Katharina Meyer-Schulz, Renate Bürger-Arndt
- CAIRN INFO : un tournant dans la prise en compte des arbres et des forêts en santé publique- Christian Barthod, Denis Zmirou-Navier
- Agenda 2030 : les forêts réduisent les risques pour la santé, un nouveau rapport mondial le confirme
- Ministère de l'agriculture : réserve biologique
- IGN : Les forêts de l'Ile-de-France
- AgroParisTech : forêts urbaines, domaniales
POUR ALLER PLUS LOIN ...
Les forêts franciliennes
Michel Riottot, Dr Sc, Président d'Honneur de France Nature Environnement Ile-de-France dresse un état des forêts en Ile-de-France.
Pour un gestion équilibrée des forêts domaniales
Jean-Claude DENARD Chaville Environnement et Sophie DURIN Les Amis du bois de Verrières.





