À quelques kilomètres de La Défense, la forêt domaniale de la Malmaison (St-Cucufa) d'une surface de 200 hectares, offre encore aux habitants un rare espace de nature, de fraîcheur et de respiration.
Mais depuis la mi-août, ce qui se passe est consternant.
Notre visite s'est faite mardi 1er septembre 2026, en présence d'une journaliste de France TV de l'émission "Sur le Front".
Des coupes rases. Des parcelles dévastées. Des arbres sectionnés.
Certaines interventions sont réalisées sur des terrains en forte pente, avec le risque d’érosion des sols et de ravinement au pied des habitations.
Ailleurs des éclaircies sont menées à l’aide d’une abatteuse de 14 tonnes, capable d’abattre et de débiter un arbre en moins d’une minute. Des châtaigniers dépérissants sont coupés, mais aussi d’autres encore sains.
Quelle analyse sanitaire précise justifie de telles interventions ?
On nous parle de dépérissement du châtaignier et de maladie de l’encre du châtaignier. Nous ne remettons pas en cause sa présence. Mais raser, nettoyer et replanter n’est pas la seule réponse.
Ce qui interroge, c’est le décalage entre les interventions et le discours officiel. Depuis 2017, l’ONF s’est pourtant engagé en Ile-de-France dans une gestion en futaie irrégulière, qui privilégie une gestion jardinatoire où les arbres sont coupés arbre par arbre.
Alors pourquoi voit-on aujourd’hui se multiplier des interventions aussi brutales ?
Des seuils trop bas qui interrogent
Le problème est aussi celui des critères trop bas et permissifs. Avec 20 % d’arbres dépérissants, une parcelle entière peut être considérée comme « sinistrée » ou « vulnérable » et faire l’objet d’une coupe rase sanitaire, par anticipation.
Mais faut-il vraiment abattre l’ensemble d’une parcelle ou d’un peuplement parce qu’une partie des arbres dépérit ?
Des solutions moins radicales existent. La priorité devrait être de protéger la forêt, sa biodiversité, sa capacité de renouvellement, limiter les perturbations du sol, et accompagner progressivement l’évolution du peuplement.
Qui décide ? Qui contrôle ?
L’ONF définit, justifie et réalise les interventions.
Cette concentration des rôles pose une véritable question de gouvernance.
Lors de la concertation menée en 2024-2025 sur les forêts de La Malmaison et de Fausses-Reposes réunissant élus, associations et ONF, des comités de pilotage avaient été prévus.
Où est le suivi collectif, la transparence ?
ET LA BIODIVERSITÉ ?
Ces coupes interviennent en plein mois d’août, au lendemain d’épisodes répétés de sécheresse et de canicule, qui ont déjà fortement fragilisé la faune et la flore.
La ligue pour la protection des oiseaux (LPO) recommande de privilégier des pratiques forestières plus proches de la nature, notamment en limitant la mécanisation et les interventions qui simplifient les écosystèmes et réduisent leur capacité d’accueil pour la biodiversité.
Dans ce contexte, la forêt a besoin de résilience, pas d’une dégradation supplémentaire de son milieu.


Une abatteuse de 24 tonnes opérant dans cette forêt urbaine très fréquentée
ET DEMAIN, PENDANT LES CANICULES ?
On nous parle de « pérenniser » la forêt.
Mais quelle pérennité lorsque le couvert forestier disparait, que les sols sont exposés au soleil, aux fortes pluies, et qu’ils sont parcourus par des engins lourds ?
Dans une région aussi urbanisée que l’Île-de-France, chaque arbre adulte compte. Un jeune arbre ne remplace pas les fonctions écologiques et climatiques d’un arbre adulte. Il ne suffit pas de replanter pour recréer une forêt, encore faut-il assurer un suivi dans le temps pour garantir que les jeunes plants deviendront demain des arbres.

Jeune plan mort
IL EST TEMPS DE CHANGER DE MODÈLE
On peut lire dans un journal local indépendant :
« La forêt de Saint Cucufa change d’arbres pour rester une forêt »
https://laclepublique.fr/hauts-de-seine/articles/2026/2026-07-21-coupes-sanitaires-saint-cucufa/
https://laclepublique.fr/hauts-de-seine/articles/2026/2026-07-21-coupes-sanitaires-saint-cucufa/
Mais un arbre n’est pas un élément de mobilier urbain que l’on retire pour en installer un autre. Une forêt est un écosystème complexe, construit sur des siècles. Elle est à la fois un îlot de fraîcheur, un refuge pour la biodiversité, un espace de promenade et de respiration pour des milliers d’habitants.

Parcelle 70 : 200m3 de bois coupé valorisé en bois-énergie et en bois d'industrie
Au-delà du constat, c’est surtout un sentiment de colère et d’impuissance que ressentent les citoyens face à l’industrialisation qui gagne nos forêts publiques.
Adapter les forêts au changement climatique ne devrait pas signifier intervenir toujours davantage. C’est aussi accepter de moins prélever, moins mécaniser et laisser davantage de place aux processus naturels.
La Malmaison mérite mieux qu’une succession de parcelles mises à nu au nom de son adaptation.
📢 Il est temps que les élus, députés, sénateurs, associations, citoyens et médias prennent conscience de la situation et s’emparent enfin de la question de la gestion de nos forêts publiques et de leur avenir.
Parce que les forêts urbaines ne sont pas des réserves de bois à exploiter. Elles sont notre bien commun. 🌳 Et la Malmaison doit rester une forêt vivante et accueillante.

Au fond de ce paysage de désolation, on aperçoit la Défense
👉Lire notre article sur le bilan de la concertation de La Malmaison et de Fausses-Reposes :





