Entre 2024 et 2025, une concertation de dix mois a réuni un large éventail d’acteurs : usagers, riverains, associations environnementales, ONF, élus et collectivités. Cette démarche visait à confronter les points de vue et à rechercher des compromis sur la gestion forestière des deux massifs forestiers emblématiques de la proche banlieue parisienne, Fausses-Reposes et la Malmaison, en vue des vingt prochaines années.
Les associations dressent un premier bilan de cette concertation, et esquissent les perspectives pour les vingt prochaines années de gestion forestière.
1. Principales demandes formulées par les associations
Les associations ont rappelé que Fausses-Reposes et La Malmaison sont des forêts urbaines, en continuité des grandes zones habitées et fortement fréquentées par le public. Elles ne peuvent être assimilées à des forêts de production et doivent rester des écosystèmes fonctionnels, conciliant préservation de la biodiversité, accueil du public et qualité des paysages. Les principales demandes formulées sont :
➡️ Protéger et favoriser la biodiversité.
➡️ Réduire l’exploitation forestière et les prélèvements de bois.
➡️ Reconnaître un statut spécifique de « forêt urbaine ».
➡️ Mettre en place une gouvernance réellement participative.
➡️ Renforcer la transparence dans la gestion et la communication.
2. Biodiversité et gestion écologique
Les associations ont proposé des mesures fortes pour faire des deux massifs des réservoirs de biodiversité en cœur urbain :
- Création d’îlots de sénescence sur 30 % de la surface.
- Conservation systématique des gros bois et du bois mort au sol.
- Lutte active contre les espèces végétales envahissantes.
- Respect rigoureux des lois de protection des espèces animales et végétales.
Les relevés IBP 2016-2018 (Indice de la Biodiversité Potentielle, agréé par le ministère de l’Agriculture) à Fausses-Reposes ont révélé un important manque de bois mort et un excès de milieux ouverts, nuisant à la biodiversité.
Inventaire de la forêt de Fausses-Reposes avec l’IBP : J-C Denard.
L’ONF a reconnu certains points et pris quelques engagements :
- Augmenter les îlots de sénescence.
- Maintenir de 5 arbres-habitat/ha.
- Cartographier bisannuellement les espèces envahissantes avec fiches d’action.
Les modalités concrètes et les surfaces réellement engagées pour les îlots de sénescence ne sont pas précisées. Les cartographies des invasives existent déjà, réalisées par l'association EFR sur de nombreuses parcelles.
L’ONF appuie sa gestion durable des forêts publiques sur les certifications PEFC et FSC®, mais seules quatre d’entre elles bénéficient aujourd’hui du label FSC, plus exigeant en matière de biodiversité.
L'ONF, deux certifications de gestion durable et une politique environnementale
FSC 2025
Le nouveau référentiel FSC® France 2025 (Forest Stewardship Council) de la gestion forestière renforce les obligations de préservation de la biodiversité :
- 10 % des surfaces certifiées dédiées à la biodiversité, dont 2 % en libre évolution;
- passage à 5 arbres vivants-habitats/ha (au lieu de 2),
- interdiction des coupes rases et des essences exotiques sur les 8 % restant;
- meilleure protection des ripisylves et des Hautes Valeurs de Conservation (HVC).
3. Exploitation et statut des forêts
Les associations demandent :
- Une réduction des coupes à 50 % de l’accroissement biologique.
- L'usage limité des engins lourds pour réduire le tassement des sols, avec remise en état des chemins dégradés.
- Le maintien d’un couvert forestier continu.
- Le respect de la hiérarchie des usages du bois : priorité au bois d’œuvre, puis au bois d’industrie, et enfin au bois-énergie, dont l'usage doit être limité.
- La reconnaissance d’un statut de forêt urbaine.
Sur la baisse des prélèvements et le poids des engins, l’ONF renvoie soit à une impossibilité technique, soit l’absence de compétence législative, notamment pour le statut de forêt urbaine. Il rappelle agir dans le cadre de la politique forestière définie par le gouvernement et que son équilibre financier dépend en partie de la vente de bois. Les associations insistent cependant sur son rôle de gestionnaire et expert, pour définir des règles de gestion durable et imposer à ses sous-traitants un cahier des charges plus strict, même si cela a entraine des coûts ou des délais supplémentaires.
Les plans d’aménagement révèlent des prélèvements souvent supérieurs à la production biologique :
- La Malmaison (2010/2024) taux de prélèvement de 134 % de la croissance biologique (prélèvements de 8,6 m³/ha/an pour une croissance estimée de 6,4 m³/ha/an).
- Fausses-Reposes (2025/2024) : taux de 60 % plus soutenable, mais nécessitant un suivi des volumes réellement prélevés pour dresser un bilan précis.
4. Forêts et puits de carbone
Le rôle des forêts comme puits de carbone n’a pas été pleinement pris en compte. En dix ans, la capacité de stockage des forêts françaises a chuté de moitié, la mortalité des arbres a doublé, et l’intensification des prélèvements continue d’aggraver la situation au lieu de l’inverser. Une réduction des prélèvements des forêts de l'Hexagone, permettrait de restaurer, au moins en partie, ce service climatique majeur, en cohérence avec les engagements climatiques de la France.
L’ONF a pour mission de préserver les stocks de carbone en forêt, tout autant que d’orienter sa gestion vers la production de bois d’œuvre dans le cadre de sa stratégie bas-carbone.
www.onf.fr/onf/%2B/1ba9::la-strategie-carbone-de-lonf.html
4. Gouvernance et reconnaissance des services écologiques et sociaux des forêts urbaines
Le 17 juin 2024, le conseil municipal de Chaville a adopté un vœu appelant à la reconnaissance des spécificités des forêts périurbaines de la petite couronne, et à la mise en place d’une nouvelle gouvernance par massif – notamment pour les forêts de Meudon et de Fausses-Reposes. Ce vœu a été adopté, à l’unanimité, en conseils municipaux de Ville-d’Avray et de Meudon, puis soutenu par Grand Paris Seine-Ouest (GPSO) le 26 juin 2024.
Ces initiatives illustrent l’importance d’une gestion prenant en compte les services écologiques et sociaux des forêts urbaines, en particulier face aux enjeux climatiques et à l’augmentation de la fréquentation.
4. Conclusion
La création d’un comité de suivi constitue une avancée, posant les bases d’une gouvernance partagée. Cette concertation, pour laquelle l’ONF a engagé des moyens conséquents, répond à une demande forte.
Pour autant, des zones d’incertitude persistent, notamment sur les modalités concrètes et les surfaces réellement engagées pour les îlots de sénescence. De nombreux sujets restent en attente ou sans réponse : réduction de l’exploitation forestière, limitation des coupes rases, encadrement des travaux, renforcement du puits de carbone, diminution du recours au bois-énergie, ainsi que la transparence dans la gestion et sur les volumes prélevés.
La mise en œuvre des 21 propositions en suspens dépendra des financements et du co-partage effectif des actions à venir.
Sur les 33 propositions issues de la concertation :
- 4 (soit 12 %) intégrées au document d’aménagement,
- 6 hors du cadre réglementaire du document d’aménagement mises en œuvre,
- 21 en attente de partenariats,
- 2 hors compétence de l’ONF, laissant un vide institutionnel (collectivités, État, parlementaires ?).
Malgré des mesures de sensibilisation et participatives (inventaires, programmes éducatifs, accueil du public), la gestion reste centrée sur la sylviculture (méthodes d’exploitation, communication). Les prélèvements de bois, souvent au-delà de la croissance biologique, entraînent une décapitalisation des forêts. Les mesures de protection (îlots de sénescence, bois mort, gros arbres) restent marginales, et risquent d’être compensées par des coupes accrues ailleurs. Quant au suivi, limité à une révision tous les dix ans, il apparaît largement insuffisant au regard des enjeux écologiques et climatiques.
Face à ce constat, les associations plaident pour une sylviculture au service du bien commun, incluant :
- l’application du code forestier (Art-L212-2) en zones urbaines pour préserver et améliorer le cadre de vie, avec les financements nécessaires,
- une exploitation limitée à 50 % de la croissance biologique,
- des objectifs forts de biodiversité (faune, flore, eau),
- la régénération naturelle et le maintien du couvert végétal,
- la préservation du puits de carbone et du rôle régulateur de la forêt,
- l’accueil du public et le renforcement de sa sensibilisation.
Elles appellent à des actions concrètes, à une gestion respectueuse des équilibres naturels et un dialogue durable avec l’ONF. L'avenir de Fausses-Reposes et de La Malmaison nécessite une gestion à la fois adaptative et prudente, capable de répondre aux aléas climatiques, à la mortalité croissante des arbres, et à la forte fréquentation du public.
6. Un débat élargi
Il convient de souligner que le Plaidoyer pour la Sauvegarde des forêts publiques d’Île-de-France, soutenu par plus de 30 500 citoyens, associations, scientifiques, dont 41 parlementaires franciliens (au 30/09/2025), démontre l’importance que la société accorde à la préservation de leurs forêts publiques, en zones urbaines et périurbaines, ainsi qu’à leurs fonctions écologiques, sociales et climatiques majeures. Cette mobilisation confirme la nécessité d’un statut de protection renforcée adapté.
Autres articles liés à cette concertation :
- FNE IDF : Concertation sur la gestion durable des forêts de La Malmaison et de Fausses-Reposes
- Environnement Fausses-Reposes : Concertation ONF fin, qu’en penser après dix mois de rencontres régulières ?
Références et ressources
"Les forêts, bois et arbres sont placés sous la sauvegarde de la Nation, sans préjudice des titres, droits et usages collectifs et particuliers. sont reconnus d'intérêt général : 1° La protection et la mise en valeur des bois et forêts ainsi que le reboisement dans le cadre d'une gestion durable ; 2° La conservation des ressources génétiques et de la biodiversité forestières ; 3° La protection de la ressource en eau et de la qualité de l'air par la forêt dans le cadre d'une gestion durable ; 4° La préservation de la qualité des sols forestiers, notamment au regard des enjeux de biodiversité, ainsi que la fixation, notamment en zone de montagne, des sols par la forêt ; 5°Le rôle de puits de carbone par la fixation du dioxyde de carbone par les bois et forêts et le stockage de carbone dans les sols forestiers, bois et forêts, le bois et les produits fabriqués à partir de bois, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Il est tenu un inventaire permanent des ressources forestières de la Nation."
Rencontre avec Béatrice Piron, députée des Yvelines à Fausses-Reposes
Lundi 7 juillet, une dizaine de citoyens, représentants associatifs, élus locaux étaient présents pour exprimer leur inquiétude croissante face à la gestion actuelle de la forêt domaniale de Fausses-Reposes (630 ha), poumon vert situé à seulement 14km de Paris.
Le martyre de Fausses-Reposes / Opus II
Louis VALLIN, vice-président de l'association ARBRES, revient dix mois après une vaste coupe rase.
https://www.youtube.com/watch?v=w9kvK85ER5A



Bilan de concertation de Fausses-Reposes et de La Malmaison