Un bilan mitigé pour nos forêts urbaines
Entre 2024 et 2025, une concertation de dix mois a réuni un large éventail d’acteurs : usagers, riverains, associations environnementales, ONF, élus et collectivités. L’objectif affiché : dégager un consensus sur la gestion forestière des deux prochaines décennies pour ces deux poumons verts de la banlieue parisienne.
Mais à l'heure du bilan, le compte n'y est pas. Si le dialogue a eu le mérite d'exister, la logique productiviste de la sylviculture continue d'éclipser l'urgence environnementale et les attentes sociétales attendues.
1. Le constat associatif : des forêts urbaines, pas des usines à bois
Situées en continuité directe de zones fortement urbanisées, Fausses-Reposes et La Malmaison sont soumises à une intense fréquentation du public. Pour le tissu associatif, il est aberrant de traiter ces écosystèmes fragiles comme des forêts de production.
Les associations portent des revendications claires :
➡️ La priorité à la biodiversité et au maintien d'un couvert forestier continu.
➡️ La baisse drastiques des coupes de bois pour préserver la santé des sols et la fonction de puits de carbone.
➡️ Un statut juridique de « forêt urbaine » reconnaissant explicitement la priorité aux services écosystémiques et sociaux.
➡️ Une gouvernance réellement participative et transparente dans la gestion et la communication.
2. Biodiversité et puits de carbone : un bilan sous tension
À Fausses-Reposes, les relevés de l'Indice de la Biodiversité Potentielle (IBP) ont mis en évidence un important manque de bois mort et un excès de milieux ouverts, nuisant à la biodiversité.
Inventaire de la forêt de Fausses-Reposes avec l’IBP : J-C Denard.
Les plans d’aménagement précédents ont révélé des prélèvements parfois supérieurs à la production biologique :
- La Malmaison (2010/2024): Le taux de prélèvement a atteint 134 % de la croissance biologique (8,6 m³/ha/an prélevés pour une croissance estimée à 6,4 m³/ha/an), entraînant une décapitalisation.
- Fausses-Reposes (2015/2024) : le taux de prélèvement affiche 60 %, mais nécessite un suivi des volumes réellement prélevés pour dresser un bilan précis.
Un rôle climatique occulté
Alors que l'inventaire forestier de l'IGN confirme que la capacité de stockage de carbone des forêts françaises a chuté de moitié en dix ans et que la mortalité des arbres a doublé, l’intensification des prélèvements continue d’aggraver la situation au lieu de l’inverser.
www.onf.fr/onf/%2B/1ba9::la-strategie-carbone-de-lonf.html
Les propositions associatives face aux engagements de l'ONF
Face à ces constats, les associations ont proposé des mesures fortes pour faire de ces deux massifs forestiers des réservoirs de biodiversité en cœur urbain :
- Création d’îlots de sénescence sur 30 % de la surface.
- Conservation systématique des gros bois et du bois mort au sol.
- Plafonnement des prélèvements à 50 % de l'accroissement naturel.
- Lutte active contre les espèces végétales envahissantes.
- Encadrement strict du passage des engins lourds pour stopper le tassement destructeur des sols.
- Respect rigoureux des mesures de protection des espèces animales et végétales.
Elles demandent l’application du code forestier (Art-L212-2) pour préserver et améliorer le cadre de vie en zones urbaines avec les financements nécessaires, la régénération naturelle et le maintien du couvert végétal continu, la priorité au bois d'œuvre en limitant strictement le bois-énergie, l’accueil du public et le renforcement de sa sensibilisation.
En réponse, l'ONF a pris quelques engagements, s'est engagé à :
- Porter le maintien à 5 arbres-habitats par hectare (s'alignant sur le nouveau référentiel FSC® France 2025).
- Accroitre les îlots de sénescence.
- Cartographier bisannuellement les espèces envahissantes avec fiches d’action.
Cependant, les modalités et les surfaces engagées des îlots de sénescence ne sont pas précisées. Les cartographies des invasives existent déjà, réalisées par l'association EFR sur de nombreuses parcelles.
FSC 2025
Le nouveau référentiel FSC® France 2025 (Forest Stewardship Council) de la gestion forestière renforce les obligations de préservation de la biodiversité :
- 10 % des surfaces certifiées dédiées à la biodiversité, dont 2 % en libre évolution;
- passage à 5 arbres vivants-habitats/ha (au lieu de 2),
- interdiction des coupes rases et des essences exotiques sur les 8 % restant;
- meilleure protection des ripisylves et des Hautes Valeurs de Conservation (HVC).
3. Exploitation : la ligne de défense de l'ONF
Face aux demandes de baisse des prélèvements et de limitation des engins lourds, l’ONF renvoie soit à des impossibilités techniques, soit à son absence de compétence législative, notamment pour le statut « forêt urbaine ». L'établissement rappelle agir dans le cadre de la politique forestière fixé par le gouvernement et dépendre financièrement en partie des ventes de bois.
Pour les associations, cet argument ne tient pas : en tant qu'expert et gestionnaire public, l'ONF doit définir des règles de gestion durable et imposer à ses sous-traitants, un cahier des charges plus strict, même si cela entraine des coûts ou des délais supplémentaires.
4. Mobilisation des élus et statut de "Forêt Urbaine"
La prise de conscience politique gagne pourtant le terrain local. Le 17 juin 2024, le conseil municipal de Chaville a adopté un vœu appelant à la reconnaissance des spécificités des forêts périurbaines de la petite couronne, et à la mise en place d’une nouvelle gouvernance par massif – notamment pour les forêts de Meudon et de Fausses-Reposes. Ce vœu a été adopté, à l’unanimité, en conseils municipaux de Ville-d’Avray et de Meudon, puis soutenu par Grand Paris Seine-Ouest (GPSO) le 26 juin 2024.
Appel à l'action : pour une sylviculture au service du bien commun
La création d’un comité de suivi constitue une avancée, posant les bases d’une gouvernance partagée. Cette concertation, pour laquelle l’ONF a engagé des moyens conséquents, répond à une demande forte.
Malgré des mesures de sensibilisation et participatives (inventaires, programmes éducatifs, accueil du public), la gestion reste centrée sur la sylviculture.
Les prélèvements de bois, souvent au-delà de la croissance biologique, entraînent une décapitalisation des forêts.
Les mesures de protection (îlots de sénescence, bois mort, gros arbres) restent marginales, et risquent d’être compensées par des coupes accrues ailleurs.
Quant au suivi, limité à une révision tous les dix ans, il apparaît largement insuffisant au regard des enjeux écologiques et climatiques.
Sur les 33 propositions citoyennes émergées lors de la concertation :
- 4 seulement (soit 12 %) sont intégrées au document d’aménagement de l'ONF,
- 6 sont hors du cadre réglementaire du document d’aménagement,
- 21 restent en attente de financements ou de partenariats,
- 2 sortent du champ de compétence de l'ONF, laissant un vide institutionnel (collectivités, État, parlementaires ?).
Sans cadre clair et transparent et sans impulsion politique forte, la concertation risque de se résumer à un exercice de communication.
Les associations appellent à des actions concrètes, à une gestion respectueuse des équilibres naturels et à un dialogue durable avec l’ONF. L'avenir de Fausses-Reposes et de La Malmaison nécessite une gestion à la fois adaptative et prudente, capable de répondre aux aléas climatiques, d'assurer la pérennité de ces forêts et de satisfaire aux attentes sociales fortes.
Autres articles liés à cette concertation :
- FNE IDF : Concertation sur la gestion durable des forêts de La Malmaison et de Fausses-Reposes
- Environnement Fausses-Reposes : Concertation ONF fin, qu’en penser après dix mois de rencontres régulières ?
Références et ressources
"Les forêts, bois et arbres sont placés sous la sauvegarde de la Nation, sans préjudice des titres, droits et usages collectifs et particuliers. sont reconnus d'intérêt général : 1° La protection et la mise en valeur des bois et forêts ainsi que le reboisement dans le cadre d'une gestion durable ; 2° La conservation des ressources génétiques et de la biodiversité forestières ; 3° La protection de la ressource en eau et de la qualité de l'air par la forêt dans le cadre d'une gestion durable ; 4° La préservation de la qualité des sols forestiers, notamment au regard des enjeux de biodiversité, ainsi que la fixation, notamment en zone de montagne, des sols par la forêt ; 5°Le rôle de puits de carbone par la fixation du dioxyde de carbone par les bois et forêts et le stockage de carbone dans les sols forestiers, bois et forêts, le bois et les produits fabriqués à partir de bois, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Il est tenu un inventaire permanent des ressources forestières de la Nation."
Rencontre avec Béatrice Piron, députée des Yvelines à Fausses-Reposes
Lundi 7 juillet, une dizaine de citoyens, représentants associatifs, élus locaux étaient présents pour exprimer leur inquiétude croissante face à la gestion actuelle de la forêt domaniale de Fausses-Reposes (630 ha), poumon vert situé à seulement 14km de Paris.
Le martyre de Fausses-Reposes / Opus II
Louis VALLIN, vice-président de l'association ARBRES, revient dix mois après une vaste coupe rase.
https://www.youtube.com/watch?v=w9kvK85ER5A




