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Forêt de Montmorency : pour une gestion réellement durable​

Ce poumon vert qui s’essouffle : constats, alertes et propositions 


Le 8 janvier 2026, le collectif Sauvegarde Forêts Île-de-France a rencontré le sénateur Pierre Barros afin d'échanger sur la gestion de la forêt de Montmorency et, plus largement des forêts publiques franciliennes. 


À cette occasion, nous avons pris connaissance des réponses transmises par la direction de l’ONF IDF-Ouest, aux questions de SOS Forêt Montmorency. Ces éléments témoignent de l’implication des forestiers face à une situation sanitaire complexe. Ils soulèvent néanmoins plusieurs questions de fond qui méritent un examen approfondi et transparent. 


👉 Les réponses du directeur d’agence territoriale de l’ONF IDF-Ouest aux questions de SOS Forêt Montmorency.




Une crise sanitaire réelle, une gestion unilatérale


La forêt de Montmorency, massif forestier périurbain de près de 2 200 hectares, dont 1 972 hectares de forêt domaniale, est un véritable poumon vert aux portes de Paris. Cinquième massif le plus fréquenté de la région, avec près de 5 millions de visiteurs par an, elle joue un rôle majeur pour le microclimat, la biodiversité la régulation de l'eau et la santé des habitants. 


Majoritairement composée de châtaigniers, elle est placée en état de crise sanitaire depuis 2018, en raison de la maladie de l'encre. La gravité de cette situation ne fait pas débat. En revanche, les stratégies mises en œuvre depuis 2015 par l’Office national des forêts (ONF), qui ont conduit à des coupes massives, n’ont, à notre connaissance, pas fait l’objet d’une expertise indépendante, ni d'un véritable débat avec les élus et les associations. Une telle évaluation permettrait pourtant d’en apprécier l’efficacité et de comparer ces choix à d’autres scénarios susceptibles de mieux préserver les fonctions écologiques et le paysage de la forêt.


La méthode DÉPÉRIS utilisée pour qualifier l’état sanitaire des peuplements, comporte d’importantes marges d’incertitude. Elle permet de classer un peuplement comme « dépérissant » dès lors que 20 % des arbres sont jugés vulnérables, ouvrant la voie à des coupes rases préventives sur des surfaces étendues, y compris lorsque 80 % des arbres sont encore en bonne santé. Ces choix structurants alors même qu’ils transforment profondément le paysage de cette forêt emblématique, gagneraient à faire l’objet d’un débat, à la hauteur des enjeux écologiques et sociaux.



La forêt est un bien commun, sa gestion ne doit être réduite à la seule expertise des forestiers, mais intégrer les citoyens, les collectivités et les valeurs écologiques, sociales et culturelles.



Des surfaces coupées avant que les arbres soient réellement condamnés


En 2024, plusieurs coupes rases ont été réalisées à Montmorency, dont une de 6 hectares (12 terrains de football) à l'automne 2024, suscitant de vives réactions de la part des citoyens, des associations, ainsi qu'une  question parlementaire du député Emmanuel Maurel : 👉 Question orale n° 182 du 25/02/2025


La réponse ministérielle relativise l’ampleur du phénomène des coupes rases en France, en s’appuyant sur l’Inventaire forestier national (IGN). Certaines ONG, comme Canopée, soulignent toutefois que ces données peuvent sous-représenter les évolutions récentes. Rapportées aux seules forêts effectivement exploitées, les coupes rases représenteraient non pas 0,5 %, mais plutôt 14 %. Basées sur des placettes quinquennales, les coupes rases de l'année 2024 ne seront visibles statistiquement qu’en 2029. ​Lien vers Canopée >


A Montmorency, à notre connaissance, aucun inventaire public actualisé des surfaces cumulées en coupes rases n’est disponible. Depuis 2017, l’ONF a replanté 216,64 hectares ; un état global des surfaces mises à nu permettrait de clarifier la situation. Lien ONF >

Coupe rase : une pratique aux impacts lourds


L’encadrement actuel des coupes rases, les critères de labellisation ne garantissent pas toujours une gestion dite durable de la forêt. Certaines coupes rases peuvent ainsi recevoir la certification PEFC, malgré leurs impacts significatifs sur la biodiversité. 


De nombreuses études scientifiques (INRAE, GIP-Ecofor) alertent sur les effets négatifs des coupes à blanc sur les sols, la biodiversité, les habitats. Une coupe rase peut entraîner une augmentation de la température du sol jusqu’à +10 °C, ce qui, dans un contexte de changement climatique, constitue un facteur aggravant.


L’Académie des sciences, dans son rapport "Les forêts françaises face au changement climatique" précise que : « Les coupes rases vont à l’encontre de plusieurs objectifs de développement durable. Cette pratique peut (notamment lorsqu'elle est associée à une récolte des houppiers et souches, ou à un travail mécanisé du sol) engendrer un déstockage important du carbone du sol et ainsi générer une dette carbone sur plusieurs décennies. Elles impactent également négativement la fertilité des sols et leur fonctionnement, ainsi que la biodiversité de nombreux groupes taxonomiques, le paysage et le microclimat ». 👉Rapport de l'Académie des Sciences p24-25.


La pression croissante sur la ressource en bois, associée à certaines aides publiques (France Relance, France Nation Verte), continue d’encourager le recours aux coupes rases.


Des alternatives existent et elles sont déjà mises en œuvre ailleurs pour les peuplements “vulnérables” ou “pauvres”, c’est-à-dire sans valeur économique, mais souvent riches en biodiversité : 

  • prélèvements ciblés, 
  • gestion fine des zones hydromorphes (notamment en contexte de maladie de l'encre), 
  • maintien d'un couvert continu pour garder l'ambiance forestière, 
  • réduction des engins lourds et débardage par temps sec (les tassements des sols favorisant fortement l'encre), 
  • restauration de la fonction du sol avant toute replantation,
  • recours à la régénération naturelle assistée, plus résilientes et moins coûteuses ,
  • ​développent des îlots de sénescence, de la libre évolution (80 % des arbres en France ont moins de 100 ans) et d'arbres-habitats (min 5/ha), essentiels à la dynamique naturelle de la forêt, 
  • valorisation des essences déjà présentes et résistantes.


La stratégie actuelle de l'ONF répond répond à l’urgence sanitaire, mais demeure incomplète. Elle reste trop centrée sur la coupe et la plantation, au détriment d’une approche réellement écosystémique intégrant sols, eau, climat, biodiversité et usages sociaux.


Adapter la forêt au changement climatique suppose de préserver ses fonctions écologiques, et non d’anticiper son dépérissement par des interventions brutales.

Des plantations coûteuses et incertaines

Un arbre ne pousse jamais seul, mais accompagné d’un cortège de champignons, d’insectes, de bactéries, de mousses, d’arbustes, et de voisins plus âgés qui structurent le microclimat. La coupe rase détruit cet écosystème et impose un reboisement, dont les coûts sont élevés, entre 3 000 et 9 000 € HT par hectare, avec des taux d’échec importants.


A Montmorency, selon les données communiquées (64 % à n+5), un arbre sur trois ne survit pas au-delà de cinq ans. 

Ces taux de reprise sont-ils calculés sur l’ensemble des essences plantées dans les parcelles, ou uniquement sur une essence dite d'avenir ? 👉ONF- Plantation 2024/2025 : le cycle des jeunes arbres en forêts domaniales franciliennes

Philippe Ciais, directeur de Recherche au CEA et membre de l'Académie des Sciences, rappelle que le taux de reprise moyen en France n’est que de 54 % sur dix ans. Autrement dit, un arbre sur deux planté meurt avant de devenir adulte. 👉Colloque à l'Académie des sciences 8 mas 2024 

Une autre étude de Futura Sciences confirme cette tendance, puisque près de la moitié des arbres replantés ne survit pas plus de cinq ans, surtout dans les forêts déjà dégradées. 👉Futura 20/11/2022​​

Une forêt est une dynamique vivante, complexe et collective, et non un alignement de plants au cordeau.

Adapter les pratiques, pas la forêt​

Dans plusieurs forêts publiques franciliennes (Carnelle, L'Ile-Adam, Verrières, Versailles, Meudon ...) les prélèvements atteignent ou dépassent l’accroissement biologique annuel. Ces niveaux de prélèvement, inscrits dans les nouveaux plans d’aménagement, soulèvent la question de la soutenabilité à long terme : diminution de la surface terrière, disparition des vieux arbres, diversification des essences insuffisante, passages d’engins disproportionnés qui dégradent les sols, ainsi qu'une prise en compte insuffisante de la biodiversité. L​a forêt perd progressivement sa structure dense au profit d’un paysage plus ouvert. Présentée comme une « adaptation de la forêt », cette gestion est interprétée comme privilégiant une logique économique au détriment de la conservation écologique. 

Les indicateurs nationaux confirment pourtant l’urgence : en dix ans, la croissance des arbres a chuté de 50 %, leur mortalité a augmenté de 125 % et le puits de carbone forestier s’est effondré (IGN). Certaines forêts sont désormais émettrices nettes de carbone. 


"Prélever plus de bois, c’est empêcher la forêt d’atteindre une certaine maturité ce qui lui permettrait d’abriter plus de biodiversité, de stocker plus de carbone et de fournir plus de bois utilisable en bois d’œuvre." — CANOPÉE


En Île‑de‑France, plus de la moitié des prélèvements est utilisée en bois-énergie, alors que  la hiérarchie des usages du bois (bois d’œuvre > bois industrie > bois énergie) n’est pas respectée. Cette pression fragilise les écosystèmes, aggrave le dérèglement climatique et nuit à la santé publique : les particules fines PM2,5 issues de la combustion du bois sont responsables de 6 200 décès anticipés chaque année, selon Santé Publique France. 👉Voir notre article >


Un patrimoine commun sous-protégé

Les protections demeurent très largement insuffisantes au regard des enjeux. La forêt de Montmorency ne bénéficie toujours pas du classement en forêt de protection, pourtant engagé depuis 2013 et un périmètre validé en 2021, contrairement à d’autres grands massifs d’Île-de-France déjà classés👉Question écrite au gouvernement de Naïma Moutchou (JO 15/07/2025)


Le statut en forêt de protection, outil juridique, constitue une garantie foncière contre le défrichement et le changement d’usage de sol, mais il est aujourd’hui fragilisé. Les classements sont extrêmement lents, les déclassements de plus en plus faciles, et de nouvelles dérogations — notamment pour l’exploitation du gypse — affaiblissent encore cette protection. Même les forêts déjà classées restent vulnérables aux pressions économiques et à l’urbanisation. Ce statut n’encadre pas la sylviculture, y compris dans les zones sensibles. 👉Fne-idf.fr/foret-protection >

Des protections marginales

En 2019, la France s'est engagée à protéger 30 % de son territoire terrestre et maritime d'ici 2030, dont 10 % sous protection forte. Mais aujourd'hui, moins de 1,54% du territoire métropolitain terrestre bénéficie réellement de ce niveau de protection. 

Les îlots de sénescence (zones laissées en libre évolution) restent rares et ne dépassent généralement pas 5 hectares, réduisant leur portée écologique. Seules les Réserves Biologiques Intégrales (RBI) garantissent une protection forte, sans intervention humaine, favorable à la pleine naturalité des écosystèmes forestiers.  

En 2017, 1,4% des forêts d'Ile-de-France sont sous protection forte (non exploitées), soit 2,5% de la forêt publique, auxquels s’ajoutent environ 1% d’îlots de sénescence.

A Montmorency, les réserves biologiques dirigées (La Cailleuse 32 ha et Le Nid d’aigle 9,4 ha) en repos total, couvrent seulement 2 % du massif (site UICN). L’extension annoncée de 115 ha doit être mise en œuvre sans délai afin de renforcer la cohérence écologique du massif.

La pollution de manchons plastiques abandonnés, issue des plantations est également signalée, comme dans plusieurs forêts publiques franciliennes. 👉Article de presse >

Gestion, gouvernance, mobilisation : des demandes fortes

Depuis plus de quinze ans, pétitions, mobilisations citoyennes et prises de position d’élus alertent sur les coupes à Montmorency. 

En 2010, une pétition est lancée. Elle réclame un moratoire sur les coupes intensives et le classement en forêt de protection.

En 2021, une nouvelle pétition demande l’arrêt des coupes massives qui défigurent la forêt et une expertise indépendante de l'ONF. Le signal politique est fort, puisque le texte est signé par la présidente de la Région Île-de-France, plusieurs sénateurs et de nombreux élus locaux. 👉 Lien de la pétition>

Depuis 2020, des comités patrimoniaux se tiennent au Conseil départemental du Val-d’Oise, une perte du coté des associations qui étaient auparavant invitées à y participer.

En avril 2024, une convention de partenariat financier et de gouvernance est signée entre le département, les agglomérations et l’ONF. Cette convention acte une sylviculture excluant les coupes rases au profit de la futaie irrégulière, dite « à couvert continu », pour préserver sols et biodiversité, limiter l’impact paysager et renforcer l’accueil du public ainsi qu'une gouvernance participative. Les coûts liés à la fonction sociale des trois forêts sont estimés à 386 400 € HT sur quatre ans, dont 184 000€ HT pour la forêt de Montmorency. Deux ans plus tard, le décalage entre les engagements affichés et les pratiques observées, ne semblent pas traduits dans les faits : les coupes rases continuent d’être observées, et à notre connaissance, le comité de pilotage annuel prévu par la convention ne s’est pas encore réuni. 👉Convention de partenariat pour la gestion des 3 forêts domaniales du Val d'Oise



💡 Le saviez-vous ? 

La forêt de Montmorency est liée de longue date à l’activité des carrières et, depuis plus de quarante ans, à des exploitants industriels. L’exploitation souterraine du gypse génère aujourd’hui une redevance élevée versée à l’ONF, qui contribue à l’entretien de la forêt, à son développement et aux aménagements pour l’accueil du public. Lien PLaco : carrière de Gypse du massif de Montmorency >



Sans accès aux informations : ni transparence, ni contrôle

Dans une forêt publique, l’information doit être accessible. 

La Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) rappelle que les volumes de bois à récolter, comme les indicateurs de suivi de la gestion forestière ne relèvent pas du secret des affaires, et sont communicables, conformément aux articles L.124-1 et suivants du Code de l’environnement.​ 


Le plan d’aménagement de la forêt de Montmorency est arrivé à échéance depuis le 31 décembre 2023. Un nouveau document de gestion serait actuellement en cours de révision, mais aucun document en vigueur n’apparaît sur les sites officiels consultés. Nous avons sollicité l’Office à ce sujet, qui n'a pas répondu à notre demande. Dans un souci de transparence, il serait souhaitable que le document applicable aux opérations de coupes soient rendus accessibles, y compris toute prorogation administrative éventuelle. 👉 Aménagement de la forêt domaniale de Montmorency 2013-2023 


👉 Lettre adressée à l'ONF et co-signée par FNE-IDF

 


En 2025, près de 1 000 personnes ont marché pour les forêts d'Ile-de-France

Trois mobilisations en 2025, à Montmorency, à Verrières et à Versailles ont rassemblé près de mille personnes venues défendre les forêts publiques franciliennes : non comme un gisement de bois à exploiter, mais comme des milieux vivants à protéger. 👉En savoir plus >

Forêts publiques en danger, service public sacrifié

L’endettement de l’ONF, conséquence du désengagement financier de l’État, accompagne une évolution de son modèle économique vers une logique de plus en plus marchande. Les objectifs de production de bois ont été renforcés ces dernières années, au détriment des conditions humaines, du sens de leur métier, des forêts et du lien de confiance avec les citoyens. Cette évolution soulève la question de l’avenir du service public forestier — mais à quel prix pour la forêt ?

La demande des élus, associations, citoyens est claire et largement partagée. Ils appellent notamment à  :

  • une baisse de l'exploitation adaptée à la fragilité des massifs et au changement climatique ;
  • un encadrement des coupes rases au-delà d'un seuil maximal ;
  • la régénération naturelle et le maintien du couvert forestier, en cohérence avec la futaie irrégulière conduite par l'ONF en Ile-de-France depuis 2017 ;
  • des objectifs clairs et ambitieux de protection de la biodiversité (faune, flore), d’îlots de senescence ;
  • la préservation du puits de carbone et du rôle régulateur de la forêt ;
  • l'application du code forestier (Art-L212-2) qui fait de la préservation et de l’amélioration du cadre de vie des populations, un objectif prioritaire dans les forêts à forte fréquentation, et qui encadre également l’assiette des coupes.


Face à l’intensification des coupes de bois et à la fragilisation progressive de l'écosystème forestier, l’alerte lancée aujourd’hui ne peut plus être ignorée. La question n’est pas d’opposer gestionnaires et citoyens, mais de construire un modèle durable, fondé sur la science, la transparence et l’intérêt général. 

Le "Plaidoyer pour la Sauvegarde des forêts publiques d'Ile-de-France" soutenu par 31 000 citoyens, associations, scientifiques, ainsi que par 61 parlementaires franciliens (février 2026) appelle à un changement de Cap. 👉 Lien : Plaidoyer pour les forêts publiques d'Ile-de-France >

Il appartient désormais aux responsables publics d’engager une politique forestière respectueuse du vivant, à la hauteur des attentes sociétales, ainsi que des enjeux climatiques et environnementaux.


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