COMMUNIQUE DE PRESSE
Bois-énergie : la neutralité carbone ne peut se faire au détriment des forêts et de la santé humaine.
Le Collectif Sauvegarde Forêts Île-de-France, qui rassemble une cinquantaine d’associations, fédérations, chercheurs et citoyens, a adressé un courrier à Madame la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, à la suite de sa réponse à la question écrite n°5694, relative à la pression croissante du bois-énergie sur les ressources forestières.
Ce courrier est signé par le collectif, ainsi que par GREENPEACE FRANCE, ARBRES, FNE 75, FNE 78, FNE 92 et FNE 94. Notre démarche est strictement indépendante de toute considération politique ou partisane.
Le collectif exprime son profond mécontentement face à une réponse ministérielle fondée quasi exclusivement sur la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), dont les hypothèses relatives au bois-énergie sont aujourd’hui démenties par les données scientifiques.
Le bois-énergie, souvent présenté comme une énergie alternative durable et vertueuse, mérite un examen critique et nuancé, au regard de la pression croissante exercée sur les forêts et de la nécessité de préserver leur rôle de puits de carbone et de réservoir de biodiversité.
La combustion du bois émet immédiatement du CO₂, (367 g de CO₂ par kWh, soit près du double des émissions du gaz naturel) (1), alors même que la reconstitution des stocks de carbone forestier s’étale sur plusieurs décennies. De nombreux travaux scientifiques alertent sur le fait que, à court et moyen terme, le bois-énergie peut aggraver le bilan carbone plutôt que l’améliorer.
Les impacts sanitaires ne peuvent non plus être ignorés. Les émissions de particules fines issues de la combustion du bois contribuent à la dégradation de la qualité de l’air, avec des effets délétères sur la santé publique, notamment dans les zones urbaines et périurbaines (2). Les particules fines PM2,5, issues de la combustion du bois, sont responsables de 40 000 décès anticipés chaque année en France, dont 6 200 en Île-de-France (3).
Alors que 68 % du bois récolté en France est brûlé (4), le collectif dénonce une incohérence majeure des politiques publiques : vouloir développer le bois-énergie tout en préservant le puits de carbone forestier sont des objectifs incompatibles.
Ces constats posent une question simple : peut-on continuer à subventionner massivement une filière énergétique dont les bénéfices climatiques sont contestés, tout en accentuant la pression sur les forêts et en portant atteinte à la santé humaine ?
Nous appelons à une réorientation urgente de la politique énergétique et forestière :
- limiter strictement le bois-énergie à un usage résiduel ;
- cesser de privilégier les réseaux de chaleur et électriques au bois, notamment en zones urbaines et périurbaines ;
- soutenir des pratiques forestières plus vertueuses (couvert continu, encadrement des coupes rases, protection des sols...) ;
- faire de la rénovation énergétique des logements la priorité nationale.
Sauvegarde Forêts IDF
👉 Courrier adressé à la Ministre de la la Transition écologique relative à la pression du bois-énergie sur les ressources forestières
Sources
1. Faut-il continuer à couper nos arbres pour les brûler ? de Jacques LASKAR, membre de l'Académie des Sciences.
2. AIRPARIF : En respectant recommandations de l'OMS, 7 900 décès pourraient être évités en IDF
3. AIRPARIF : Les particules fines
4. Rapport Académie des Sciences : Les forêts françaises face au changement climatique, p. 11. La récolte totale de bois en France métropolitaine est de 55,8 Mm3 en2018, dont 38.9 Mm3/an constitués de bois d'œuvre (51,5%), bois-industrie (26,5%) et bois-énergie (22%). La récolte non commercialisée de 16.9 Mm3/an est utilisée quasiment uniquement en bois de chauffage. Si l’on ajoute à cela les résidus de transformation du bois d’œuvre et du bois d’industrie qui sont finalement valorisés en bois énergie, 68% du volume total de bois récolté est consommé en bois énergie.
Bois-énergie : courrier à la ministre sur les risques pour les forêts, le climat et la santé