➤ Mise à jour (18/04/2026)
À l’issue de l’audience devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau, le 16 avril 2026, Serge Geoffre a été relaxé des faits qui lui étaient reprochés. Le tribunal a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction n’étaient pas réunis et a reconnu que son action relevait de la liberté d’expression sur un sujet d’intérêt général.
Retour sur le procès du 19 mars 2026 :
🌳 Un procès ubuesque pour « dégradations de mobilier urbain » (des arbres) au sens de l'article 322-1 du code pénal, en forêt de Fontainebleau, entre 2023 et 2025.
Ce 19 mars, dans une salle d’audience comble au Palais de justice de Fontainebleau, ce n’est pas seulement un homme qui était jugé. C’est la protection de la forêt et du droit d’agir face à ce que certains considèrent comme une urgence écologique.
Poursuivi pour avoir peint des ronds bleus (signalement d'arbres remarquables), Serge Geoffre encourait des sanctions lourdes. Face à lui, l’Office national des forêts (ONF) défendait sa gestion et réclamait des dommages conséquents.
Derrière cette affaire, une question centrale : où s’arrête la dégradation… et où commence la désobéissance civile au service du vivant ?
🎨 Les faits reprochés
Serge Geoffre était poursuivi pour « dommages légers » et « dégradations de mobilier urbain » — en l’occurrence des arbres — au sens de l’article 322-1 du code pénal. En cause, des marquages réalisés sur des arbres en forêt de Fontainebleau, entre 2023 et 2025. Des appareils photos installés par l’ONF ont permis de l’identifier.
@photo : Sauvegarde Forêts IDFMilitant pacifiste, il reconnait cinq des sept faits reprochés : avoir peint un rond bleu (signalant un arbre remarquable), transformé un rond rouge (arbre à abattre) en rond bleu, recouvert une flèche de cloisonnement (couloir d’exploitation), ainsi qu’un tag sur une barrière et un panneau de chantier. Il conteste les autres dégradations, notamment un marquage au marteau, ainsi que la destruction de panneaux de chantier et de rubalises.
Son action non violente visait à dénoncer la marchandisation de la forêt et les coupes d’arbres centenaires dans la forêt de Fontainebleau ; non pour s’en prendre aux agents forestiers. Il rappelle n’avoir agressé personne. Aucun matériel n’a été dégradé : ni engins, ni maisons forestières, ni véhicules, pas même un plant d’arbre.
Et pourtant, l’ONF réclamait 21 500 € pour un prétendu préjudice.
« Mais de quel préjudice parle-t-on, au juste ? Je n’ai agi qu’au nom de la protection du vivant et de la liberté d’expression. Tout cela apparaît, au regard des faits reprochés et des 3h30 de ma garde-à-vue, complètement disproportionné », plaide-t-il.
🌳 La position de l’ONF
L'ONF défend une gestion non mercantile de la forêt : plans d’aménagement, comités de pilotage "Fontainebleau, Forêt d’Exception"... Les arbres ne seraient abattus que s’ils sont malades, dangereux ou en fin de vie (sic!).
L’établissement demandait une sanction exemplaire afin de dissuader ce type d’actions.
🌿 La partie civile
L’association Les Amis de la forêt de Fontainebleau (AFF) demandait symboliquement 1 € pour préjudice moral, 1 € pour préjudice esthétique, ainsi que le remboursement de la peinture.
⚖️ Les réquisitions
La procureure avait requis une peine d’avertissement pour des faits jugés à caractère délictuel :
- 3 mois de prison avec sursis (5 ans)
- 5 000€ d’amende avec sursis (5 ans)
🗣️ La défense : "Avec ces faux ronds bleus, Serge a eu une idée de génie : des boucliers pour protéger les arbres, sans les dégrader "
Maître Alexis Baudelin, avocat au Barreau de Paris, a plaidé la relaxe, en s’appuyant sur la liberté d’expression protégée par la Convention européenne des droits de l’homme, y compris sous forme de désobéissance civile. Il s'est appuyé sur plusieurs jurisprudences de la Cour de cassation.
Il a souligné que Serge n’a rien d’un agitateur impulsif. Il a multiplié les actions pour défendre la forêt et les arbres de l’abattage : messages sur les réseaux sociaux, vidéos, engagement politique aux élections municipales à Avon (77) sur la liste de François Roy, par ailleurs chef de projet à l’ONF à Fontainebleau !
« La véritable destruction n’est pas celle jugée aujourd’hui. En marquant puis en abattant les arbres, l’ONF porte aussi atteinte au vivant. [...] Avec ces faux ronds bleus, Serge a eu une idée de génie : des boucliers pour protéger les arbres, sans les dégrader », plaide Maître Baudelin, qui invite le tribunal à apprécier les faits dans leur juste proportion.
Il a replacé cette action dans une longue histoire de mobilisation à Fontainebleau : des artistes-peintres de Barbizon il y a 150 ans, aux militants « Bleau-combat » il y a 30 ans, jusqu’à Serge aujourd’hui. Avec 3 000 ronds bleus, il n’était d’ailleurs pas le seul à avoir agi.
Un contexte national de tensions
En filigrane, ce procès révèle un malaise plus profond : celui d’une politique forestière de plus en plus contestée. Quand les voies démocratiques ne suffisent plus, il arrive que des personnes en viennent à la désobéissance civile.
De nombreux collectifs dénoncent, personnalités, citoyens et enquêtes journalistiques dénoncent la politique de l’ONF, son manque de transparence et une logique productiviste imposée par l’État.
💰 Son financement, en partie lié à la vente de bois, crée une contradiction majeure : protéger la forêt tout en étant contraint de la détruire.
📅 16/04/2026 : la relaxe
Le tribunal de Fontainebleau a prononcé la relaxe de Serge Geoffre.
Il a reconnu que son action politique sur un sujet d’intérêt général relevait de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme, et devait être à ce titre protégée contre toute forme de répression.
Une décision forte, qui pourrait faire jurisprudence.
🙏 Merci à Me Alexis Baudelin, pour son engagement et sa défense face aux atteintes du vivant et aux militants poursuivis pour leurs actions de protection de la nature.
"150 ans après les peintres de Barbizon, 30 ans après le collectif Bleau-Combat, ... ces actions étaient loin d’être inadaptées et inutiles. Elles ont inspiré une nouvelle génération de militants.es mais aussi dans l’esprit des juges et en particulier du tribunal de Fontainebleau qui, aujourd’hui, a reconnu que des dégradations pouvaient être justifiées, au titre de la liberté d’expression, pour protéger des arbres et le vivant." — Me Alexis Baudelin.
Relaxe de Serge Geoffre : une victoire pour la liberté d’expression et la défense des forêts